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Lutter pour la vie

Ces prochaines semaines, de nombreuses manifestations sont prévues au Brésil pour défendre les territoires et les vies des peuples autochtones. Afin de diffuser et de soutenir ces luttes, voici une sélection de vidéo, de textes et de dessins.


Du 22 au 28 Août sera organisé la Lutte pour la vie un campement devant le Congrès National du Brésil, afin de se mobiliser contre les mesures anti-autochtones et les décisions du Suprême Tribunal Fédéral (STF) qui va débattre l'utilisation d'une "marque temporelle" (consistant à exiger une preuve de la présence en 1988 d'un peuple sur un territoire donné afin de délimiter la protection de celui-ci).





Du 7 au 11 Septembre il y aura également la seconde Marche des Femmes Autochtones, qui font entendre leurs voix sur les violences auxquelles elles font face ainsi que sur leurs demandes concernant l'éducation, la santé, le respect de l'environnement et de leurs territoires. Le thème de cette marche est "Femmes originaires : Reboisant les pensées pour soigner la Terre".


Le film qui suit est sorti le 19 Avril 2021, jour de commémoration des luttes autochtones au Brésil. En plus de présenter les récits et témoignages de plus de 20 personnes appartenant à différents peuples et vivant dans différentes régions du Brésil, ce documentaire compte dans sa production la participation de professionnellEs faisant partie de mouvements pour les droits autochtones.




A propos de la marque temporelle

(traduction libre de deux articles de Geni Núñez, écrivaine, maîtrise en Psychologie Sociale, activiste guarani anticoloniale)



Marque temporelle et propriété privée :

nous ne sommes pas maîtres de la terre,

nous appartenons à elle (24 Janvier 2021)


"L'idée de propriété, la croyance selon laquelle les humains peuvent être maîtres de la terre est l'un des principaux axes de la violence coloniale.


Ce délire, justifié historiquement de nombreuses façons, cherche à donner du sens à quelque chose d'absurde : l'idée qu'il serait possible pour quelqu'un d'être maître d'une autre vie, d'autres êtres. L'esclavage fournit un exemple de la croyance selon laquelle il est possible d'être le maître de quelqu'un, de disposer de sa vie. La colonisation a concrétisé l'un des types d'exploitations les plus pervers de corps-territoires. Une vie est commercialisable quand elle n'est pas considérée comme humaine, qu'elle est indigne d'être respectée dans son intégrité. La division entre humain et animal, entre la nature et la culture a historiquement autorisé la colonialité à transformer les vies en marchandises, en objets utilitaires.


La marque temporelle tourne autour de l'idée de propriété, de qui est le véritable maître. Mais les prémisses sont déjà fausses. Car aucun humain n'est maître de la terre, des eaux, des rivières, des forêts, ni des autres êtres humains. Cette aberration agro-toxique ne devrait pas recevoir de réponse, car sa propre question est un piège.


Si quelqu'un a une possession ou une propriété, c'est la nature qui l'exerce sur nous, pas le contraire. Nous ne sommes pas maîtres de la terre sur laquelle nous marchons, de l'eau que nous buvons, de l'air que nous respirons, au contraire, ce sont eux les êtres qui rendent notre vie possible.


La colonialité est une politique de l'auto-référence et de l'universalisation. Elle ne fait pas que créer un modèle narcissique de ce qui est la vérité sur les choses, mais en plus elle ne trouve pas de repos tant qu'elle n'impose pas sa propre perception à tous les autres, avec l'auto-estime assez forte pour dire que ce n'est pas une vérité particulière, mais une vérité universelle. Elle écrit une Constitution qui se dispose à être la loi fondamentale et suprême du Brésil, dans un texte qui n'a jamais rempli ses promesses du point de vue des droits mais a toujours rempli exhaustivement ses « devoirs » punitifs. Combien d'autres siècles auront-nous besoin pour comprendre que faire confiance à un état colonial est une perte d'énergie ? Un piège ?


La marque temporelle est l'une des choses qui explicite l'amalgame et le cœur de la notion de propriété qui opère en toute invasion qui arrive sur notre territoire depuis 1500.


On n'est pas maîtres de la vie, on lui appartient seulement.

La marque temporelle est aussi une marque spatiale : l'interdiction chrétienne du "nomadisme" et ses effets psychosociaux dans le contemporain (2 Juillet 2021).


Parmi les pratiques particulièrement condamnées par les Jésuites, on comptait « le chamanisme, la nudité, la non monogamie et le nomadisme » (Cartes jesuites, Manoel da Nóbrega, 1517-1570).


Le « nomadisme » était condamné par les missionnaires parce qu'il rendait la conversion, le contrôle et la punition coloniales difficiles. La circulation autochtone entre différents territoires était une forme de renforcement cosmogonique et politique, grande ennemie de la catéchisation.


Le « droit d'aller et venir » n'a jamais été de fait collectif. Des personnes mises dans la position de propriété d'une autre personne, par exemple, n'ont jamais pu l'exercer (par exemple avec l'esclavagisme).

Jusqu'en 1962, les les femmes mariées avaient besoin [au Brésil] de l'autorisation écrite du mari pour voyager, un exemple des liens entre oppressions et contrôle, restrictions de la liberté. La marque temporelle est aussi une marque spatiale, idéologique, chrétienne.


Est-il possible d'être le maître de quelque chose qui change et se transforme ?


Non et la logique de la propriété a besoin de la fixité du temps et de l'espace.


Si le « nomadisme » était considéré comme un pêché en 1500, aujourd'hui il continue d’être puni par l'Etat brésilien qui demeure chaque jour plus chrétien, établissant des frontières racistes, ethnocides et misogynes de qui peut aller et venir, où et avec qui.

La noblesse disait que « sans assujettissement il n'y a pas de conversion ». L'empêchement du « nomadisme » facilitait l'imposition de la monogamie, car contrôler et réprimer en maintenant quelqu'un dans un même lieu, une même maison et sans avoir où aller étaient les conditions idéales de contrôle et de dépendance (et continuent de l'être).

Il n'y a de progrès dans l'ordre colonial qu'à condition de pouvoir contrôler le temps et l'espace. Ils veulent qu'on reste au même endroit « jusqu'à ce que la mort nous sépare », avec la même personne et dans le même emploi, dans la même ville et avec la même sexualité.

« La civilisation transforme le temps du diable et le temps désordonné du loisir, en temps de grâce, chronométré pour la prière et le travail » (Nóbrega, in: Paulo Suess).


Que nos vies ne circulent pas sous les pointes des horloges et les boussoles coloniales.


Contre toutes les marques temporelles !


Référence bibliographique sur l'interdiction du nomadisme : "A evangelização do novo mundo: o plano do pe. Manuel da Nóbrega". Autor Rafael Chambouleyron. FFLCH - USP, Revista de História, 134, 1996. "

Liste de quelques autres illustrateurICEs travaillant sur les thèmes des corps, de l'ancestralité et du territoire :

D. Godinho

Yacunã Tuxá

Abya Yalese

𝗗𝗘𝗡𝗜𝗟𝗦𝗢𝗡 𝗕𝗔𝗡𝗜𝗪𝗔


Pour finir, petite exposition expérimentale avec les dessins de Breno Falcão :

Merci aux personnes qui ont accepté de partager leurs travaux pour cette page!



Liste de cagnottes en ligne pour soutenir les mouvements autochtones au Brésil :


https://apiboficial.org

https://www.vakinha.com.br/vaquinha/juventude-xokleng-no-julgamento-da-t-i-laklano

https://www.vakinha.com.br/vaquinha/aldeia-por-fi-ga-na-ii-marcha-das-mulheres-indigenas

https://sharity.com.br/ii-marcha-das-mulheres-indigenas-do-brasil?u=8bd9ae1df56211eba8a10aa05906e5e6