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Revenu d'où ?




Dis moi, comment fais-tu pour t'en sortir en ce moment ? Tu es au chômage ou tu travailles ? Tu es en arrêt maladie ou en reprise d'activité ? Ou peut-être es-tu bénéficiaire du RSA ?

L'argent avec lequel je vis me permet de payer un loyer, des aliments, des vêtements et de l'alcool. Chaque mois j'ai peur qu'on me l'enlève, qu'on me le « coupe ». Comme on coupe une branche qui ne donnera plus de fruits. Parce que j'aurais fait une erreur au moment de remplir un formulaire ou suite à un bug quelconque. L'obtenir a été un soulagement, après de nombreuses années de galère. Pourtant, le sentiment d'échec est persistant. Le sentiment d'être un raté, un incapable.

Les difficultés que je rencontre pour trouver un emploi me font me sentir en échec, elles éveillent en moi de la culpabilité : le sentiment de ne pas avoir de valeur. Combien d'entre nous font face à ces sensations ? (Et puis, 490 euros ça part vite, surtout si on est un ministre qui va dans un restau de luxe...)

Travail salarié contre travail introspectif


Dans ce laps de temps où je ne trouve pas de patron ni de raison de m'auto-entreprendre, je continue à travailler. Je travaille à la maison, en partageant les tâches domestiques, en faisant du travail émotionnel, je travaille aussi sur mes représentations...


La partie la plus pénible du travail salarié est de recevoir des injonctions et des critiques de la part de gouvernantes, de chefs de cuisine, de supérieurs hiérarchiques, de patrons. Ces expériences ne me donnent pas plus envie de donner des ordres que d'en recevoir. Est-ce que la seule issue à ma situation serait de trouver un emploi ou est-ce qu'on peut encore rêver d'une solution plus collective à nos galères ?

Le libéralisme a une conception individualisée des problèmes politiques. Cette idéologie qui se veut neutre et qui s'impose dès l'école, défend la concurrence entre les individus comme moteur de l'activité sociale et économique. La liberté, qui a donné son radical à ce régime politique, est entendue comme la liberté de consommation, le libre échange, la liberté d'être en concurrence. Mais en fait, on n'est pas vraiment libre de vivre sa vie comme on l'entend, si on veut bénéficier des aides sociales on doit remplir des formulaires et répondre à des attentes de conseillers. On n'est pas libre de changer le modèle économique et politique. La peur de manquer de ressources financières est un puissant rappel à l'ordre salarial.

En faisant reposer le recours au RSA comme une responsabilité individuelle face à la recherche d'emploi, on naturalise l'idée que l'accès au travail est une question de mérite, de volonté. Pourtant, il y a plein d'autres raisons qui peuvent expliquer qu'on galère et qui dépendent plus des préjugés des patrons ou du manque d'offres d'emplois...


Si l'on regarde l'histoire du RSA, on voit qu'il se construit en dialogue avec une idée d'allocation universelle, partant d'une réforme du RMI. Dans un tournant du libéralisme, cette réforme permet de maintenir les inégalités sociales à un seuil d'acceptabilité : le RSA vise à diminuer la pauvreté et non pas les inégalités en général. Cette institution est créée suite à des mouvement sociaux de chômeurs en fin de droits durant l'hiver 1996-1997.

Garantir un salaire minimum universel, sans enlever les aides sociales pour l'accès à la santé, permettrait de subvenir aux besoins basiques de la population tels que celui de se nourrir, d'avoir un toit, tout en laissant à chaque personne le temps nécessaires pour prendre soin de sa santé mentale et penser à des formes d'habiter le monde qui soient moins néfastes, de s'épanouir. De plus, les patrons des travaux à haute pénibilité comme le nettoyage, la construction ou le soin, reverraient peut-être les salaires afin que ces tâches soient plus valorisées socialement ?


Y en a aussi qui théorisent sur une idée de salaire maximum : ça voudrait dire que passé un seuil, par exemple 4000 euros, le surplus d'argent serait réinjecté dans des droits sociaux, par exemple pour garantir l'accès gratuit et de qualité à la santé et à l'éducation...


Je sais pas, j'avais envie de partager mes pensées sur ces questions pour me sentir moins dégoûté de moi-même de ne pas trouver de travail e pour penser à d'autres pistes de comment ça pourrait mieux fonctionner. Ce que je ne suis pas encore arrivé à penser ni à trouver des sources d'inspiration c'est de comment sortir d'une logique de prise en charge nationale de ces questions : est-ce que ça serait envisageable d'avoir une garantie d'un minimum de confort vital au niveau international ? Et comment ça serait ?


Y a ces articles là qui sont par mal pour comprendre les pour et les contre du revenu de base et d'autres pistes qui sont discutées :


https://www.revue-ballast.fr/revenu-de-base-ou-salaire-a-vie-1-2/


https://www.revue-ballast.fr/revenu-de-base-ou-salaire-a-vie-2-2/